Le site internet d'une radio a-t-il encore de l'importance ? Pour Lance Venta, fondateur du média spécialisé américain RadioInsight, la réponse est oui, mais le secteur semble l'avoir oublié. Dans une tribune publiée le 28 octobre 2026, premier volet d'une série consacrée à l'avenir des contenus numériques à la radio, il dresse un constat sévère : en plus de vingt ans, les sites de stations n'ont pratiquement pas progressé, et certains ont même reculé.
Un constat posé devant des radios étudiantes
Le déclic est venu de la préparation d'une table ronde lors de la convention annuelle de College Broadcasters Inc., l'association américaine des radios universitaires, consacrée aux meilleurs sites et stratégies numériques. En reprenant les plateformes qu'il a conçues depuis deux décennies, Lance Venta a mesuré le peu de chemin parcouru. Il cite l'un de ses premiers projets, réalisé en 2006 pour une station AM au format oldies : consulté aujourd'hui via l'Internet Archive, ce site pourrait selon lui fonctionner en 2026, moyennant quelques retouches visuelles et une adaptation au mobile. Il estime même qu'il offrait davantage aux auditeurs et aux annonceurs que le site actuel de cette même station.

Des résultats concrets quand le web est pris au sérieux
Pour illustrer ce qu'un site bien exploité peut apporter, l'auteur rappelle plusieurs expériences menées pour des stations :
- à Denver, en 2018, des stations sont passées en trois mois d'aucune base de données d'auditeurs à 10 000 inscrits chacune ;
- sur ces mêmes stations, les revenus du site et du stream sont passés de zéro à quelques milliers de dollars par mois, avec une progression continue ;
- en 2022, un article local sur l'ouverture d'une franchise Domino's Pizza a dépassé les 100 000 pages vues, dans une ville pourtant réputée pour ses restaurants de fruits de mer.
Ces exemples montrent qu'un contenu éditorial pensé pour l'audience peut générer du trafic, des contacts qualifiés et des recettes.
Un secteur qui a délaissé ses contenus en ligne
Le problème, selon Lance Venta, est que l'industrie a largement décidé que le contenu web et l'engagement des auditeurs au-delà de l'antenne n'étaient plus prioritaires. Il évoque Townsquare Media, longtemps pionnier pour attirer les auditeurs vers les sites et applications de ses stations, qui a fortement réduit la voilure, en même temps que les postes d'animateurs locaux qui rédigeaient ces contenus. Autre exemple : à New York, Hot 97 était sous l'ère Emmis l'un des principaux blogs de culture hip-hop du pays ; après les coupes opérées ce mois-ci par MediaCo, tous les contenus produits pour cette station et pour WBLS portent une seule et même signature.
Or, souligne-t-il, avec des budgets marketing externes quasi inexistants, chaque élément de la marque devrait servir à attirer des auditeurs et des revenus. Le frein principal : la plupart des contenus ne sont pas optimisés pour être partagés et archivés.
Ce que ça change pour les webradios
Pour une webradio, ce diagnostic est encore plus parlant : sans émetteur FM, le site est souvent la principale porte d'entrée vers le player. Plusieurs pistes découlent directement de cette analyse :
- constituer sa propre base d'auditeurs (newsletter, comptes, alertes) plutôt que dépendre uniquement des plateformes tierces ;
- publier des contenus utiles, locaux ou thématiques, capables d'être trouvés dans les moteurs de recherche et partagés ;
- soigner l'archivage des émissions, playlists et articles pour qu'ils restent accessibles dans la durée ;
- traiter le stream comme une source de revenus, au même titre que le site.
Lance Venta annonce de prochains volets consacrés aux métadonnées, à l'organisation des stations et des émissions, au développement des revenus numériques et aux sites qui montrent la voie. Une série à suivre pour tous ceux qui gèrent une radio en ligne.
Source : RadioInsight