Les élections législatives russes se sont achevées dimanche sans surprise, avec la victoire écrasante de Russie unie, le parti du président Vladimir Poutine. Dans un contexte de guerre contre l'Ukraine et de répression accrue de toute opposition, le scrutin s'est déroulé sur trois jours dans un climat de tensions extrêmes, marqué par des attaques de drones massives et des cyberattaques d'envergure.
Selon un sondage à la sortie des urnes réalisé par le Centre russe d'étude de l'opinion publique (VCIOM), un institut d'État, Russie unie remporte 49,4% des voix, un score quasiment identique à celui obtenu lors des précédentes législatives de 2021. Ce résultat consolide l'emprise du Kremlin sur la Douma, la chambre basse du Parlement russe dont les 450 sièges étaient en jeu.
Un scrutin sans véritable opposition dans un climat répressif
Ces élections se sont déroulées dans un contexte politique verrouillé, où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée par les autorités. Le seul parti frontalement opposé à la guerre en Ukraine, Iabloko, a été écarté de la compétition électorale, illustrant l'absence de véritable pluralisme politique dans la Russie actuelle.
Face au parti du Kremlin, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine ont été autorisées à concourir. Parmi elles, les communistes du KPRF arrivent en deuxième position avec 14,2% des voix, suivis par les nationalistes du LDPR avec 10,7%. Les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes complètent le paysage politique autorisé.
L'Union européenne a dénoncé des élections se déroulant dans un climat de "répression systématique et institutionnalisée", soulignant le caractère non démocratique de ce scrutin organisé en pleine guerre d'agression contre l'Ukraine.
Des attaques de drones ukrainiennes d'une ampleur inédite
La dernière journée de vote a été marquée par une attaque ukrainienne massive impliquant plus d'un millier de drones, selon les autorités russes. Ces frappes ont touché une raffinerie et des zones résidentielles, provoquant des incendies et faisant au moins deux morts et une vingtaine de blessés.
À Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine, qui a dénoncé une attaque "sans précédent" et "manifestement planifiée dans le but de perturber les élections". Le maire a évoqué plus de 1600 drones abattus par la défense antiaérienne russe, dont "450 se dirigeaient vers Moscou".
Un drone ukrainien a également frappé un bus dans la région de Kherson, dans le sud de l'Ukraine contrôlé par la Russie, tuant deux personnes dont une employée de la Commission électorale. Ces attaques illustrent l'intensification des frappes des deux côtés du front ces derniers mois.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a confirmé que les frappes de l'Ukraine "ont eu un impact très important dans la région de Moscou", affirmant qu'une dizaine d'armements différents ont été utilisés. En réponse, le ministère russe de la Défense a assuré que Moscou "poursuivrait et intensifierait" ses frappes au moyen d'"armes de haute précision contre des cibles militaires à Kiev".
Cyberattaques massives contre les systèmes électoraux
Au-delà des attaques physiques, le scrutin a également été perturbé par des cyberattaques d'envergure. La Commission électorale a annoncé avoir observé "plus d'un millier" de vagues d'attaques destinées à saturer de requêtes le système de vote électronique, ainsi que des attaques contre "l'infrastructure de télécommunications de la Russie dans son ensemble".
Ces attaques DDoS ("attaque par déni de service distribué") visent à saturer un système avec des vagues de requêtes incessantes. La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a déclaré que "les attaques ont été menées par des groupes hautement professionnels et bien coordonnés, utilisant des outils d'intelligence artificielle", évoquant des tentatives présentant "des signes d'une ingérence ukrainienne".
Mme Pamfilova avait déjà fait état d'une "puissante cyberattaque" qui s'est déroulée samedi sans parvenir à faire tomber les systèmes, témoignant de la sophistication des infrastructures de défense mises en place.
Un contexte social tendu et des voix dissidentes étouffées
Ce scrutin s'est déroulé dans un contexte social difficile, la Russie étant confrontée à des sanctions économiques occidentales, des frappes ukrainiennes régulières, des pénuries d'essence et des limitations dans le fonctionnement de l'internet dans plusieurs régions.
À Moscou, certains électeurs ont exprimé leur mécontentement. Vitali Ivanov, 63 ans, retraité du métro de Moscou, a déclaré à l'AFP avoir voté "pour les communistes", expliquant : "J'ai une petite retraite, ça ne suffit pas pour vivre". Igor Safronov, un programmateur de 30 ans, a confié qu'il avait voté pour le parti des Nouvelles personnes, car il "ne voulait pas voter pour Russie unie".
Le président du parti antiguerre Iabloko, Nikolaï Rybakov, a voté dimanche à Saint-Pétersbourg en écrivant en grosses lettres "Pour la paix" sur son bulletin, un geste symbolique de protestation dans un pays où l'opposition à la guerre est devenue quasiment impossible à exprimer publiquement.
Mobilisation de la diaspora russe à l'étranger
À l'étranger, des membres de la diaspora russe ont manifesté leur opposition au régime de Poutine. À Berlin, qui accueille l'une des plus grandes communautés de Russes ayant fui leur pays, quelques dizaines de partisans de l'opposition en exil ont protesté aux cris de "La Russie sera libre !" et "Non à la guerre !".
À Londres, une centaine de personnes se sont rassemblées devant l'ambassade russe. Certaines brandissaient des drapeaux ukrainiens, d'autres des pancartes sur lesquelles étaient inscrites "Say no to Putin", exprimant leur rejet du président russe et de sa politique belliciste.
Ces élections législatives, les premières depuis le début de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, se sont également déroulées dans les territoires d'Ukraine occupés et annexés par la Russie, une pratique dénoncée par la communauté internationale comme une violation du droit international. Le résultat sans surprise de ce scrutin confirme la mainmise totale du Kremlin sur les institutions russes et l'absence de véritable alternative politique dans un pays où la guerre et la répression ont étouffé toute forme de contestation organisée.