Un an après le décès tragique du skieur italien Matteo Franzoso, survenu le 13 septembre 2024 lors d'un entraînement au Chili, ses parents Marcello et Olga brisent le silence. Dans une interview accordée au quotidien italien "La Repubblica", ils expriment leur profonde amertume face à l'inaction des instances du ski et au mutisme des athlètes. Leur douleur est amplifiée par le sentiment que la mort de leur fils n'a provoqué aucun changement significatif dans le monde du ski alpin.
Matteo Franzoso, qui s'apprêtait à célébrer ses 26 ans, avait connu une saison prometteuse avec deux entrées dans le top 30 en super-G. Sa carrière a brutalement pris fin lorsqu'il a chuté à l'entraînement à La Parva, traversant un filet de sécurité avant de percuter violemment une clôture. Grièvement blessé à la tête, il est décédé deux jours plus tard, laissant derrière lui une famille dévastée et des questions sans réponses.
Une colère dirigée contre le silence des institutions
Les parents de Matteo ne cachent pas leur indignation face à l'attitude de la Fédération italienne de ski (FISI). "Nous ne pouvons nous résigner à la douleur et à l'injustice, mais le silence du monde du ski, celui où Matteo a grandi, nous est insupportable", déclarent-ils avec une émotion palpable. Leur grief principal concerne l'absence totale de communication et de soutien de la part de l'institution qui encadrait leur fils.
Selon Marcello et Olga Franzoso, aucune enquête sérieuse n'a été menée pour déterminer les responsabilités dans cet accident mortel. "Depuis un an, tout est au point mort, rien n'a été fait pour déterminer les responsabilités", affirment-ils. Plus choquant encore à leurs yeux, la FISI ne les aurait ni contactés ni consultés durant ces douze mois de deuil. "Ils nous ont abandonnés; en douze mois, ils ne nous ont ni écrit ni même consultés: c'est choquant", déplorent-ils.
Une mémoire tombée dans l'oubli
Ce qui blesse particulièrement les parents de Matteo, c'est le sentiment que leur fils a été rapidement oublié par le milieu auquel il avait tout donné. "La mémoire de Matteo, dans ce monde pour lequel il a tout donné et dans lequel il s'est investi corps et âme, est accueillie par un silence complet", constatent-ils avec amertume. Cette indifférence les pousse à se questionner sur l'environnement dans lequel ils ont laissé leur fils évoluer: "Depuis un an, nous nous demandons où diable nous avons laissé notre fils grandir."
Un retour problématique sur les lieux du drame
L'été dernier, plusieurs équipes nationales, dont l'équipe italienne, sont retournées s'entraîner à La Parva au Chili, sur le site même où Matteo a perdu la vie. Pour ses parents, ce retour sans modification substantielle des conditions de sécurité représente une gifle supplémentaire. "Aujourd'hui, l'équipe nationale italienne est de retour au Chili; la barrière contre laquelle Matteo s'est écrasé n'est plus là, mais les athlètes vont toujours plus vite", observent-ils.
Ils rappellent également que Matteo n'est pas la première victime de ce type d'accident. Matilde Lorenzi, une autre jeune skieuse italienne, avait déjà perdu la vie dans des circonstances similaires. "Avant Matteo, Matilde Lorenzi est décédée, une tragédie similaire. Croyez-vous que la réglementation ait évolué?", interrogent-ils, soulignant l'absence de progrès concrets en matière de sécurité.
Des promesses de la FIS restées lettre morte
Pourtant, la Fédération internationale de ski (FIS) avait annoncé, dans les semaines suivant le décès de Matteo Franzoso, un renforcement des mesures de sécurité lors des entraînements, particulièrement dans les disciplines de vitesse comme le super-G et la descente. Ces annonces, selon les parents du jeune skieur, n'ont pas été suivies d'effets tangibles sur le terrain.
Les filets de protection, la disposition des barrières, les zones de dégagement et les protocoles d'entraînement auraient dû faire l'objet d'une révision approfondie. Or, douze mois plus tard, les parents de Matteo constatent que les conditions d'entraînement restent fondamentalement inchangées, exposant d'autres athlètes aux mêmes risques qui ont coûté la vie à leur fils.
Le silence coupable des athlètes
Si les parents de Matteo Franzoso s'en prennent aux institutions, ils n'épargnent pas non plus les athlètes eux-mêmes. Ils leur reprochent de ne pas avoir utilisé leur voix collective pour exiger des améliorations en matière de sécurité. "Croyez-vous qu'ils aient dit quoi que ce soit?", lancent-ils. "L'un d'eux est mort sur la piste où ils s'entraînent tous, et ils n'ont pas la force de se rassembler et d'exiger davantage de sécurité."
Cette critique soulève une question dérangeante: pourquoi les skieurs professionnels, premiers concernés par ces questions de sécurité, restent-ils silencieux? La peur de représailles, la culture du risque inhérente au ski de vitesse, ou simplement l'habitude d'accepter le danger comme partie intégrante de leur sport pourraient expliquer cette passivité.
Un combat pour que la mort de Matteo ne soit pas vaine
À travers leur prise de parole, Marcello et Olga Franzoso poursuivent un objectif clair: faire en sorte que la mort de leur fils serve à quelque chose. Ils refusent que Matteo devienne une statistique de plus dans un sport où les accidents mortels, bien que rares, continuent de se produire avec une régularité inquiétante.
Leur combat s'inscrit dans une problématique plus large concernant la sécurité dans les sports de vitesse. Le ski alpin, particulièrement dans ses disciplines les plus rapides, implique des vitesses pouvant dépasser 130 km/h, avec des risques de chute sur des pistes glacées, des obstacles naturels et des équipements de protection parfois insuffisants.
Les parents de Matteo appellent à une réforme profonde des protocoles de sécurité, incluant des enquêtes systématiques après chaque accident grave, une meilleure conception des pistes d'entraînement, et surtout, une culture de la sécurité qui ne soit pas sacrifiée sur l'autel de la performance. Leur message est clair: le progrès sportif ne doit pas se faire au prix de vies humaines.
Un an après le drame, la douleur des parents de Matteo Franzoso reste vive, aggravée par le sentiment que le monde du ski a tourné la page trop rapidement, sans tirer les leçons nécessaires de cette tragédie. Leur témoignage pose une question essentielle: combien de vies devront encore être perdues avant que des mesures de sécurité véritablement efficaces ne soient mises en place?