Erdogan prévoit une élection anticipée en 2028 pour contourner la constitution

Erdogan prévoit une élection anticipée en 2028 pour contourner la constitution

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, âgé de 72 ans, a dévoilé sa stratégie pour prolonger son règne à la tête de la Turquie. Selon Mehmet Uçum, conseiller juridique du chef de l'État, une élection anticipée serait organisée le 16 avril 2028, soit un mois avant la fin théorique de son mandat actuel. Cette manœuvre politique vise à contourner les restrictions constitutionnelles qui l'empêcheraient de se représenter s'il allait au terme de son mandat de cinq ans.



Cette annonce marque un tournant décisif dans la vie politique turque et soulève de nombreuses questions sur l'avenir démocratique du pays. Au pouvoir depuis plus de deux décennies, Erdogan démontre une fois de plus sa capacité à naviguer dans les méandres juridiques pour maintenir son emprise sur le pouvoir.



Une stratégie constitutionnelle élaborée pour contourner les limites



La constitution turque impose des restrictions sur le nombre de mandats présidentiels consécutifs qu'un dirigeant peut exercer. En organisant une élection anticipée avant la fin de son mandat actuel, Erdogan exploite une faille juridique qui lui permettrait de briguer un nouveau mandat sans violer formellement la lettre de la loi.



Pour que cette stratégie se concrétise, le président turc a besoin du soutien de 360 parlementaires sur 600 pour déclencher des élections anticipées. Actuellement, son parti, l'AKP (Parti de la justice et du développement) et ses alliés contrôlent 326 sièges au Parlement. Ce déficit de 34 voix nécessitera des négociations politiques complexes.



Les options parlementaires à la disposition d'Erdogan



Plusieurs scénarios s'offrent au président turc pour atteindre le seuil requis de 360 voix. Selon des analystes politiques, Erdogan pourrait recourir à différentes tactiques pour obtenir le soutien nécessaire :




  • Négocier avec des députés d'autres formations politiques en échange de concessions ou de postes

  • Proposer une dissolution complète de l'Assemblée nationale

  • Lancer un projet de réforme constitutionnelle plus ambitieux

  • Exercer des pressions politiques sur les parlementaires indécis



Mehmet Uçum, qui avait déjà évoqué en juin la possibilité d'une dissolution de l'assemblée, confirme que toutes les options restent sur la table pour garantir la tenue de ce scrutin anticipé.



Un parcours politique exceptionnel depuis 2003



Recep Tayyip Erdogan domine la scène politique turque depuis 2003, une longévité remarquable qui témoigne de sa capacité à s'adapter aux évolutions du pays. D'abord nommé Premier ministre, il a ensuite accédé à la présidence en 2014, avant de faire modifier la constitution pour renforcer considérablement les pouvoirs de cette fonction.



Le scrutin de 2018 a marqué un tournant historique avec le passage d'un système parlementaire à un régime présidentiel où le chef de l'État concentre la totalité du pouvoir exécutif. Cette transformation institutionnelle a été dénoncée par l'opposition et les observateurs internationaux comme une dérive autoritaire, mais elle a permis à Erdogan de consolider son emprise sur l'appareil d'État.



Si cette nouvelle candidature aboutit et qu'il remporte l'élection de 2028, il s'agirait de son quatrième mandat présidentiel, prolongeant son règne jusqu'en 2033 au minimum, soit trois décennies au sommet du pouvoir turc.



Les promesses non tenues et le revirement stratégique



Lors de sa réélection en mai 2023, Erdogan avait solennellement promis qu'il s'agirait de son ultime mandat. Face aux électeurs, il avait juré de confier ensuite le sort du pays "à nos jeunes", une déclaration qui résonnait comme un engagement à préparer une transition générationnelle au sein de son mouvement politique.



Cette victoire de 2023 était survenue dans un contexte difficile, marqué par une grave crise économique et une usure visible du pouvoir. Beaucoup d'observateurs pensaient alors que le président turc pourrait être battu, mais il avait réussi à mobiliser sa base électorale et à l'emporter malgré les difficultés.



Cependant, plusieurs déclarations récentes du président avaient laissé deviner son désir de poursuivre au-delà de ce mandat. L'absence d'héritier naturel au sein de l'AKP et la crainte d'une perte de contrôle sur l'appareil d'État semblent avoir motivé ce revirement stratégique.



Une santé qui suscite des interrogations



Lors de la campagne présidentielle de 2023, les observateurs avaient noté les signes de fatigue du président turc. Malgré son énergie habituelle et sa capacité à enchaîner jusqu'à trois meetings par jour, sa démarche ralentie et son visage marqué par la fatigue avaient suscité des interrogations sur sa condition physique.



À 72 ans, Erdogan serait âgé de 76 ans à la fin d'un éventuel quatrième mandat en 2033. Cette question de l'âge et de la santé du dirigeant pourrait devenir un enjeu de campagne, même si ses partisans continuent de le percevoir comme le seul leader capable de défendre les intérêts de la Turquie.



Une répression accrue contre l'opposition



Le contexte politique turc s'est considérablement durci depuis la tentative de coup d'État de juillet 2016. Cet événement a servi de prétexte à des purges massives dans l'administration, la justice, l'armée et les médias. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, licenciées ou contraintes à l'exil.



L'opposition politique fait désormais face à une répression systématique. L'exemple le plus emblématique est celui d'Ekrem Imamoglu, le populaire maire d'Istanbul, considéré comme le rival le plus redoutable d'Erdogan. Arrêté en mars 2025 pour "corruption", il a été placé en détention le jour même de sa désignation comme candidat du principal parti d'opposition à la prochaine élection présidentielle.



Cette arrestation, dont le timing ne laisse aucun doute sur sa nature politique, illustre la stratégie du pouvoir pour neutraliser toute menace électorale sérieuse. Les élections locales de 2024, où l'opposition avait infligé une sévère défaite à l'AKP, avaient démontré qu'une alternance restait possible, ce qui semble avoir renforcé la détermination du régime à contrôler le jeu politique.



Une image contrastée sur la scène internationale



Malgré les accusations de dérive autocratique qui pèsent sur lui, Erdogan continue de bénéficier d'un soutien solide parmi ses partisans. Ces derniers le perçoivent comme le seul dirigeant capable de tenir tête à l'Occident et de défendre l'indépendance de la Turquie face aux pressions internationales.



Sa politique étrangère, souvent qualifiée de néo-ottomane, vise à repositionner la Turquie comme une puissance régionale incontournable. Qu'il s'agisse des conflits en Syrie, en Libye, au Haut-Karabakh ou plus récemment de la guerre en Ukraine, Ankara cherche à jouer un rôle de médiateur tout en défendant ses propres intérêts stratégiques.



Cette posture lui permet de maintenir une certaine popularité dans les milieux nationalistes et conservateurs, qui voient en lui un leader fort capable de restaurer la grandeur de la Turquie. Cependant, cette approche a également isolé le pays sur certains dossiers et compliqué ses relations avec ses alliés traditionnels de l'OTAN.



L'élection anticipée de 2028, si elle se concrétise, constituera donc un test crucial pour l'avenir de la démocratie turque et la capacité de l'opposition à proposer une alternative crédible malgré la répression et les obstacles institutionnels qui se dressent devant elle.

info Source : 20 Minutes | Monde

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