La sortie de prison d'Ilias Kasidiaris marque un tournant inquiétant pour la démocratie grecque. Mardi matin, cet ancien haut responsable du parti néonazi Aube dorée a franchi les portes de la prison de haute sécurité de Domokos, dans le centre de la Grèce, après avoir purgé six années de détention pour des crimes graves, dont le meurtre d'un rappeur antifasciste. Dès sa libération, il a annoncé son intention de créer un nouveau parti politique, ravivant les craintes d'une résurgence de l'extrême droite violente dans le pays.
À 45 ans, Kasidiaris n'a rien perdu de sa détermination à peser dans la vie politique grecque. Accueilli par des dizaines de sympathisants brandissant des drapeaux grecs, il a déclaré vouloir rejoindre un "nouveau parti national fort", à l'image de ceux qui gagnent du terrain partout en Europe. Cette sortie de prison intervient dans un contexte européen marqué par la montée de l'extrême droite, notamment en Allemagne où l'AfD vient de remporter une élection régionale.
Un passé criminel et une condamnation lourde
Ilias Kasidiaris a été condamné en appel à 13 ans de prison ferme en mars dernier, aux côtés d'autres cadres d'Aube dorée. Sa libération anticipée s'explique par les dispositions du code pénitentiaire grec qui comptabilise les jours de travail effectués en détention, réduisant ainsi la durée effective de la peine.
Les condamnations prononcées contre lui sont particulièrement graves. Il a été reconnu coupable d'appartenance à une organisation criminelle, de participation au passage à tabac de pêcheurs égyptiens en 2012, et surtout du meurtre de Pavlos Fyssas, un rappeur antifasciste assassiné en 2013. Ces crimes avaient conduit à la reconnaissance par la justice grecque d'Aube dorée comme une organisation criminelle, mettant fin à la présence parlementaire de ce parti qui avait fait une entrée fracassante au Parlement en 2012.
Une personnalité marquée par la violence et l'idéologie nazie
Le nom d'Ilias Kasidiaris est indissociable de la violence politique et de l'extrémisme. Ancien député d'Aube dorée de 2012 à 2019 et porte-parole du parti, il s'est illustré par de nombreux actes et propos choquants. En 2012, lors d'une émission de télévision qui avait scandalisé l'opinion publique, il avait giflé une députée communiste et lancé un verre d'eau au visage d'une élue du parti de gauche Syriza.
Son idéologie ne laisse aucune place au doute : admirateur déclaré du Troisième Reich, Kasidiaris s'est fait tatouer une croix gammée sur le bras gauche. Ses interventions publiques ont été marquées par des diatribes antisémites et des outrances nationalistes qui témoignent d'une adhésion profonde aux thèses néonazies.
Une activité politique maintenue depuis sa cellule
Emprisonné depuis octobre 2020, Ilias Kasidiaris n'a jamais cessé ses activités politiques. Depuis sa cellule, il a continué à diffuser sa propagande, notamment via sa chaîne YouTube qui compte 162 000 abonnés. Cette présence numérique lui a permis de maintenir un lien avec ses sympathisants et de préparer son retour sur la scène politique.
En juillet dernier, il a reçu un soutien de poids de la part d'Elon Musk, qu'il qualifie de "personnalité la plus éminente au monde". Le multimilliardaire américain, connu pour son soutien à diverses formations d'extrême droite en Europe dont l'AfD en Allemagne, avait déclaré sur X le 17 juillet que le maintien en détention de Kasidiaris était "complètement aberrant". Ce soutien illustre les connexions internationales que tissent les mouvements d'extrême droite.
Les obstacles juridiques à son retour en politique
Malgré ses ambitions affichées, le retour de Kasidiaris en politique active se heurte à des obstacles juridiques majeurs. Selon plusieurs juristes, il reste interdit de se présenter à une élection jusqu'en 2033 en raison de sa condamnation. La décision finale reviendra à la Cour suprême avant les élections législatives prévues au printemps prochain.
Le ministre grec de la Justice, Giorgos Floridis, a rappelé fin août qu'Ilias Kasidiaris demeurait un "criminel condamné et emprisonné". Un député socialiste de l'opposition, Panagiotis Doudonis, a affirmé au Parlement que Kasidiaris ne pouvait se présenter "ni comme chef de parti, ni comme chef de parti dissimulé, ni même comme simple député d'un parti". Il a ajouté : "La démocratie ne se venge pas, mais elle n'est pas non plus stupide."
Une annonce qui défie les autorités
Lors de sa sortie de prison, poing levé et tenant un drapeau grec plié, Kasidiaris a lancé un défi direct aux autorités politiques grecques. Face aux dizaines de sympathisants qui scandaient "Ilias, nous sommes avec toi", il a déclaré : "Je vois à la télévision des responsables politiques conspirer en disant qu'il ne faut pas me laisser revenir au Parlement. Ce n'est pas à eux d'en décider."
Il a invoqué la souveraineté populaire en affirmant qu'"en démocratie, il n'y a qu'un seul juge : le peuple souverain". Il a annoncé qu'il dévoilerait lundi prochain le nom de son nouveau parti ainsi que son "programme gouvernemental", ignorant apparemment les restrictions légales qui pèsent sur lui. Il a également dénoncé sa détention comme "un complot sournois et crapuleux", refusant de reconnaître la légitimité de sa condamnation.
Un contexte européen favorable à l'extrême droite
Le retour annoncé de Kasidiaris s'inscrit dans un contexte européen marqué par la progression de l'extrême droite. En Allemagne, l'Alternative für Deutschland (AfD) vient de remporter une élection régionale, une première depuis la fin de la dictature nazie. Cette victoire symbolique illustre la normalisation progressive de discours autrefois considérés comme inacceptables dans l'espace public européen.
En Grèce même, l'extrême droite apparaît fragmentée entre divers petits partis depuis la disparition d'Aube dorée de la scène politique officielle. Aube dorée avait profité du climat de détresse sociale lié à la crise financière pour faire son entrée fracassante au Parlement en 2012, capitalisant sur le désespoir économique et le ressentiment d'une partie de la population.
La tentative de Kasidiaris de créer un nouveau parti pourrait viser à fédérer ces différentes formations et à reconstituer une force politique d'extrême droite significative en Grèce. Son expérience parlementaire, sa notoriété et ses réseaux internationaux, symbolisés par le soutien d'Elon Musk, constituent des atouts pour ce projet politique inquiétant pour la démocratie grecque et européenne.
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