Les récents dossiers Epstein dévoilent une correspondance troublante entre le délinquant sexuel Jeffrey Epstein et l'entrepreneur italien Tancredi Salvatore Marchiolo, qui a servi d'intermédiaire pour présenter plusieurs jeunes femmes au financier américain, dont l'influenceuse suisso-russe Xenia Tchoumitcheva. Plus de 1600 e-mails révèlent une amitié étroite marquée par des échanges explicites sur de jeunes femmes et des comportements problématiques.
Tancredi Marchiolo, 41 ans, demeure une figure discrète du monde financier. Cet entrepreneur et financier d'origine italienne n'entretient aucune présence sur les réseaux sociaux ni sur LinkedIn, mais figure comme directeur de Harbour V et Harbour Avenue, un prestataire de services financiers spécialisé basé à Londres. Sa discrétion contraste fortement avec l'ampleur de sa correspondance avec Jeffrey Epstein, qui s'étend sur plusieurs années.
Une correspondance accablante révélée par les dossiers Epstein
L'examen des dossiers Epstein récemment publiés a permis de mettre au jour une correspondance volumineuse entre les deux hommes. Ces plus de 1600 e-mails témoignent d'une relation qui dépassait largement le cadre professionnel. Les échanges portaient sur des sujets variés : affaires financières, demandes de contacts, conseils pour trouver un médecin ou une architecte d'intérieur. Mais derrière cette apparente banalité se cachaient des conversations beaucoup plus sombres.
En avril 2012, Marchiolo écrivait à Epstein : "I had an accident with candle wax yesterday night with (biffé) soo funny" ("J'ai eu un accident avec de la cire de bougie la nuit dernière avec (biffé), trooop drôle"). Si certains messages semblent anodins en surface, leur contexte révèle une tout autre réalité.
Le rôle de Marchiolo comme "fournisseur de filles"
Les e-mails démontrent que Marchiolo connaissait parfaitement la prédilection d'Epstein pour les jeunes femmes et les mineures, et qu'il participait activement à satisfaire ces désirs. Un échange du 8 septembre 2011 illustre de manière glaçante cette complicité. Epstein demande : "Que veux-tu que je fasse avec ton amie?". La réponse de Marchiolo est sans ambiguïté : "Allume-la!". Epstein poursuit : "Veux-tu que je couche avec elle ou que je me contente de la torturer?".
Deux jours plus tard, le dimanche matin, Marchiolo rapporte : "Elle m'a écrit par message Blackberry que tu es très gentil et intelligent et a envoyé un smiley. Elle a d'excellentes compétences orales". Mais l'après-midi même, le ton change radicalement. Furieux, Marchiolo écrit : "Je lui ai écrit qu'elle est globalement impolie et ingrate (exactement ça). Elle devrait être plus reconnaissante dans la vie."
Des invitations explicites et répétées
De nombreux e-mails confirment le rôle actif de Marchiolo dans l'organisation de rencontres entre Epstein et de jeunes femmes. En juillet 2011, il annonce une fête à Saint-Tropez : "Going to be full of girls. Ciao" ("Ça va être plein de filles. Ciao"). En mars 2016, il informe Epstein d'une rencontre prévue à Paris : "Its me, a friend and 8 girls" ("C'est moi, un ami et 8 filles"). La réponse d'Epstein ne se fait pas attendre : "Photos please" ("Des photos s'il te plaît").
L'Américain reçoit également une invitation à une fête d'anniversaire dans un hôtel parisien, "with 6 girlfriends" ("avec 6 petites amies"). Ces invitations répétées soulignent la nature systématique de ces arrangements.
Des échanges révélant une préférence pour les très jeunes femmes
Fin mars 2018, Epstein annonce sa venue à Paris : "I arrive sat eve find cute one and bring" ("J'arrive samedi soir, trouves-en une mignonne et amène-la"). Trois jours plus tard, il relance : "Any new cute" ("Du nouveau et de mignon?"). Marchiolo lui envoie apparemment une photo d'une "candidate" (expurgée dans les documents). Ils planifient une rencontre, mais la jeune fille souhaite "nous rencontrer tous", précise Marchiolo, ajoutant : "Elle n'est pas du genre à venir seule."
Un échange particulièrement troublant de décembre 2015 révèle les préférences de Marchiolo lui-même. Il écrit à Epstein : "I was with her last night, strange tits. I hear she's a lesbian?" ("J'étais avec elle hier soir. Seins étranges. J'entends dire qu'elle est lesbienne?"). La réponse d'Epstein : "At least its in your new age range" ("Au moins, c'est dans ta nouvelle tranche d'âge"). Marchiolo rétorque : "A bit old, 25" ("un peu vieille, 25 ans").
Lorsqu'il informe Epstein de l'arrivée d'une Norvégienne cherchant un "refuge" à New York, Marchiolo prévient déjà : "Mais elle a la trentaine bien entamée", suggérant que cette femme serait trop âgée pour les goûts d'Epstein.
L'absence de poursuites judiciaires
Malgré le caractère profondément troublant de ces échanges, ni la correspondance elle-même ni l'amitié avec Epstein ne constituent des infractions pénales en tant que telles. C'est ce qu'a confirmé le ministère américain de la Justice à Washington.
Les dossiers d'enquête contiendraient certes des éléments dérangeants, mais aucune preuve tangible permettant d'établir des accusations criminelles. Par conséquent, il n'existe aucune base légale pour de nouvelles poursuites dans le cadre de l'affaire Epstein concernant ces correspondances.
Cette situation soulève néanmoins des questions éthiques importantes sur les réseaux d'influence et de complicité qui ont permis à Jeffrey Epstein de perpétrer ses crimes pendant des années. Les e-mails révèlent un système où des personnes de l'entourage du financier facilitaient activement ses rencontres avec de jeunes femmes, en toute connaissance de cause.
L'affaire continue d'alimenter les débats sur la responsabilité des complices et des témoins dans les affaires d'abus sexuels impliquant des personnalités puissantes et influentes. Si la loi ne permet pas toujours de poursuivre ceux qui gravitaient autour d'Epstein, la publication de ces documents contribue à faire la lumière sur les mécanismes qui ont permis ses agissements.
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