Venezuela: Maduro déploie 4,5 millions de miliciens face aux menaces US

Venezuela: Maduro déploie 4,5 millions de miliciens face aux menaces US

Le Venezuela s’embrase une nouvelle fois sous les tensions géopolitiques. Le président Nicolas Maduro a annoncé, lundi, le déploiement massif de 4,5 millions de miliciens à travers le pays, en réponse aux « menaces » américaines et au renforcement militaire des États-Unis dans les Caraïbes. Une escalade qui s’inscrit dans un contexte déjà tendu, marqué par des accusations de trafic de drogue et une prime record pour la capture du dirigeant vénézuélien.



Cette décision intervient alors que Washington a récemment doublé la récompense pour l’arrestation de Maduro, la portant à 50 millions de dollars, tout en déployant des forces navales et aériennes dans la région sous prétexte d’une opération anti-drogue. Caracas y voit une provocation directe et prépare une riposte sans précédent.



4,5 millions de miliciens en alerte : une réponse « défensive » aux manœuvres américaines



Un plan « spécial » pour couvrir l’ensemble du territoire


Lors d’une allocution télévisée sur la chaîne publique VTV, Nicolas Maduro a détaillé son plan de mobilisation : « Cette semaine, je vais activer un plan spécial avec plus de 4,5 millions de miliciens pour garantir la couverture de tout le territoire national. Des milices préparées, activées et armées ». Ces milices, héritées de l’ère Hugo Chávez, sont officiellement composées de 5 millions de membres, incluant des civils et des réservistes, et placées sous le commandement de l’armée régulière.



Le président vénézuélien a insisté sur le caractère « défensif » de cette mesure, tout en brandissant la menace d’une résistance armée : « Fusils et missiles pour la force paysanne ! Pour défendre le territoire, la souveraineté et la paix du Venezuela […] Missiles et fusils pour la classe ouvrière, pour qu’elle défende notre patrie ». Des déclarations qui résonnent comme un appel à la mobilisation générale, dans un pays déjà miné par une crise économique et sociale profonde.



Une milice controversée, instrument de pouvoir et de répression


Créées en 2008 par Hugo Chávez, les milices bolivariennes sont souvent critiquées pour leur rôle ambigu, oscillant entre défense territoriale et répression des opposants. Selon des rapports d’ONG comme Human Rights Watch, ces groupes armés ont été impliqués dans des actes de violence politique, notamment lors des manifestations de 2017 et 2019.



Leur activation massive intervient dans un contexte où le Venezuela est déjà sous le poids de :


  • Sanctions économiques américaines, qui ont aggravé la crise humanitaire ;

  • Une hyperinflation rendant la vie quotidienne insoutenable pour une majorité de Vénézuéliens ;

  • Une légitimité internationale contestée, avec une cinquantaine de pays reconnaissant Juan Guaidó comme président par intérim.




Washington accuse, Caracas contre-attaque


Les tensions ont atteint un nouveau pic après que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo (et non Marco Rubio, comme initialement mentionné dans certaines sources) a annoncé le déploiement renforcé de navires et d’avions dans les Caraïbes pour lutter contre le trafic de drogue. Une opération qui, selon Caracas, masque une stratégie de déstabilisation.



Le ministre vénézuélien de l’Intérieur, Diosdado Cabello, a réagi avec virulence : « Nous sommes également déployés dans toutes les Caraïbes […] qui nous appartiennent, dans notre mer, propriété, territoire vénézuélien ». Une déclaration qui souligne la revendication souveraine du Venezuela sur des eaux disputées, notamment autour de l’archipel de Los Monjes, situé près des côtes colombiennes.



Maduro, lui, a qualifié les accusations américaines de « réchauffé pourri de menaces extravagantes, rocambolesques et farfelues », tout en dénonçant une « guerre psychologique » visant à justifier une intervention militaire.



Une prime de 50 millions de dollars : la chasse à Maduro s’intensifie


Le 31 mars 2020, le département d’État américain a porté à 50 millions de dollars la récompense pour toute information menant à l’arrestation de Nicolas Maduro, l’accusant d’être un « narcotrafiquant » à la tête d’un « cartel des soleils » (en référence aux insignes militaires vénézuéliens). Une allégation catégoriquement rejetée par Caracas, qui y voit une manœuvre pour légitimer un coup de force.



Cette prime, la plus élevée jamais offerte pour un chef d’État en exercice, s’inscrit dans une série de mesures américaines visant à :


  • Isoler diplomatiquement le régime de Maduro ;

  • Asphyxier économiquement le Venezuela via des sanctions sur le secteur pétrolier ;

  • Soutenir l’opposition dirigée par Juan Guaidó, reconnu par les États-Unis comme président légitime.




Face à cette pression, Maduro mise sur la mobilisation populaire armée et sur l’appui de ses alliés, notamment la Russie et la Chine, qui continuent de lui fournir un soutien politique et logistique.



Quels risques d’escalade militaire ?


Si le déploiement de miliciens relève pour l’instant de l’affichage de force, les experts craignent une dérive vers un conflit ouvert. Plusieurs scénarios sont envisagés :


  • Une intervention limitée : des frappes ciblées contre des infrastructures stratégiques (raffineries, bases militaires) ;

  • Un blocus naval : pour empêcher l’exportation de pétrole vénézuélien, déjà au plus bas ;

  • Un soutien accru aux groupes armés opposants : comme les déserteurs de l’armée vénézuélienne regroupés en Colombie.




Pour l’heure, la communauté internationale reste divisée. Si les États-Unis, suivis par une partie de l’Union européenne et de l’Amérique latine, durcissent leur position, d’autres acteurs comme l’ONU et le Vatican appellent à une solution négociée pour éviter une guerre aux conséquences humanitaires désastreuses.



Une chose est sûre : avec 4,5 millions de miliciens en alerte et une rhétorique de plus en plus belliqueuse des deux côtés, le Venezuela est à un point de bascule. La question n’est plus de savoir si la crise va empirer, mais quand – et à quel prix pour la population.


info Source : 20 Minutes | Monde

open_in_new Lire l'article original
Partager :
-