Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a lancé mercredi un appel solennel aux États du monde entier lors de son dernier sommet climatique à New York. Dans un discours marquant la fin de ses mandats, il a exhorté la communauté internationale à adopter des plans concrets de sortie des énergies fossiles, tout en saluant l'essor désormais "inarrêtable" des énergies renouvelables.
Cette intervention intervient dans un contexte d'urgence climatique sans précédent, alors que le monde vient de connaître le mois d'août le plus chaud jamais mesuré et que les catastrophes naturelles se multiplient à travers le globe.
Un appel à l'action teinté d'espoir pour la transition énergétique
Les énergies renouvelables, une force inarrêtable
Antonio Guterres a tenu à nuancer son discours d'urgence par une note d'optimisme. "Les énergies renouvelables constituent presque partout la source la moins chère, la plus rapide et la plus sûre", a-t-il souligné dans son allocution d'ouverture. Le secrétaire général a insisté sur le fait que l'énergie propre est désormais passée du statut d'alternative à celui de "force qu'on ne peut arrêter".
Cette transformation du paysage énergétique mondial représente un tournant historique dans la lutte contre le changement climatique. Après avoir accusé la veille les géants pétroliers d'avoir longtemps considéré "l'atmosphère comme une décharge", le chef de l'ONU a appelé les États à saisir cette opportunité pour accélérer leur transition énergétique.
Des engagements concrets attendus de la part des États
Antonio Guterres, qui quittera ses fonctions fin décembre après avoir consacré l'ensemble de ses mandats à mobiliser la communauté internationale sur la question climatique, a lancé un dernier appel pressant : "Nous n'avons pas une seconde à perdre". Il a exhorté les États à relever leurs objectifs climatiques et à s'engager fermement dans la sortie des combustibles fossiles.
Quelques heures avant son discours, l'Allemagne, première puissance économique européenne, a donné l'exemple en adoptant une feuille de route concrète de transition énergétique. Le pays devient ainsi le troisième État, après la France et les Pays-Bas, à formaliser une telle stratégie de sortie des énergies fossiles.
Le chef de la diplomatie britannique, Ed Miliband, a également annoncé un investissement substantiel de 330 millions de livres (360 millions de francs) dans un mécanisme financier destiné à soutenir les objectifs mondiaux en matière de nature, de climat et de pollution.
Un bilan d'engagements jugé insuffisant
Malgré ces avancées, les observateurs restent prudents. Cosima Cassel, du groupe de réflexion E3G, a déclaré à l'AFP : "C'est un peu décevant qu'il n'y ait pas eu davantage d'engagements et d'annonces ici", tout en saluant néanmoins la feuille de route allemande comme un pas dans la bonne direction.
Une urgence climatique de plus en plus visible
Cet énième appel à l'action survient dans un contexte particulièrement alarmant. Le monde vient de connaître le mois d'août le plus chaud jamais mesuré, et les effets du changement climatique s'intensifient à travers le globe. Les catastrophes se multiplient :
- Canicules record dans de nombreuses régions
- Incendies ravageurs de grande ampleur
- Crues meurtrières dévastatrices
- Fontes accélérées des glaciers
Ces phénomènes extrêmes pourraient s'aggraver davantage avec le phénomène climatique El Niño en cours. Les scientifiques avertissent que ces catastrophes deviendront de plus en plus fréquentes, alors que le dépassement du seuil symbolique des +1,5°C semble désormais inévitable.
L'Europe à un tournant décisif
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a reconnu que "nous sommes à un tournant décisif". Elle a évoqué l'"été de vérité" qu'a connu l'Europe occidentale, marqué par plusieurs vagues exceptionnelles de chaleur qui ont touché des millions de citoyens européens.
Plusieurs intervenants ont également mentionné les inondations meurtrières qui ont frappé le Népal et la Chine en août, faisant plus de 1400 morts et au moins 6000 disparus après l'effondrement d'un pan de glacier. Toutefois, peu d'aides concrètes ont été promises pour ces pays particulièrement vulnérables.
Le cri d'alarme des pays en développement
Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a insisté à la tribune sur l'injustice climatique : "Ces tragédies ne sont pas des événements isolés, elles sont les symptômes d'une crise mondiale dont le Népal n'est pas à l'origine". Cette déclaration souligne la responsabilité disproportionnée des pays développés dans le réchauffement climatique, alors que les nations les plus pauvres en subissent les conséquences les plus graves.
La COP31 en Turquie : entre ambitions et réalisme
Le sommet a également été l'occasion pour les futurs organisateurs de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat de présenter leur vision. Le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre australien Anthony Albanese se sont exprimés en tant que co-organisateurs de la COP31.
Dans le cadre d'un compromis politique inédit, la Turquie présidera et accueillera en novembre la COP31 à Antalya, tandis que l'Australie sera chargée de mener les pourparlers. Anthony Albanese a déclaré qu'"agir n'est pas une option" et que cela "commence chez nous", soulignant que les énergies renouvelables alimentaient la moitié du réseau électrique australien au plus fort du dernier été austral.
Cependant, ces déclarations surviennent dans un contexte paradoxal : le ministre australien du Changement climatique et de l'Énergie se rend cette semaine en Inde et en Arabie saoudite pour renforcer l'approvisionnement du pays en hydrocarbures, illustrant la difficulté de concilier ambitions climatiques et réalités économiques.
Des attentes tempérées par les réalités économiques
Le président Erdogan a semblé tempérer les attentes pour la COP31 en déclarant : "Toute proposition ne parvenant pas à concilier nos objectifs climatiques avec les réalités sociales et économiques sera vouée à l'échec". Cette position pragmatique reflète les tensions entre nécessité climatique et contraintes économiques que rencontrent de nombreux pays.
L'électrification au cœur de la stratégie de transition
Le sommet a également été l'occasion d'appels à mieux financer la transition des pays en développement, à renforcer la résilience des sociétés et à verdir les économies, notamment grâce à l'électrification. La Turquie plaide auprès des autres pays pour faire passer la part d'électricité dans la consommation énergétique mondiale à 35% d'ici 2035, contre un peu plus de 20% aujourd'hui.
Toutefois, une zone d'ombre subsiste : la Turquie n'a pour l'instant pas détaillé si cette production supplémentaire serait fournie par des énergies décarbonées ou non, une précision cruciale pour évaluer l'impact réel de cette proposition sur la lutte contre le changement climatique.
Ce dernier sommet climatique d'Antonio Guterres marque la fin d'une ère de mobilisation intense au sein de l'ONU, tout en laissant entrevoir les défis colossaux qui attendent la communauté internationale dans les années à venir pour contenir le réchauffement climatique dans des limites acceptables.