Fariba Hashimi décroche l'argent aux Championnats d'Asie

Fariba Hashimi décroche l'argent aux Championnats d'Asie

Dans un monde où le sport féminin afghan est devenu quasi invisible sous le régime taliban, une jeune femme continue de défier l'obscurantisme par ses exploits cyclistes. Fariba Hashimi, réfugiée en Suisse depuis l'automne 2021, vient de décrocher une médaille d'argent historique aux Championnats d'Asie au Japon, confirmant son statut de porte-voix des femmes afghanes privées de liberté.



À seulement 23 ans, cette cycliste afghane incarne la résilience d'une génération de sportives contraintes à l'exil pour continuer à pratiquer leur passion. Son parcours, jalonné d'épreuves et de victoires, raconte une histoire bien plus vaste que celle du sport : celle de la dignité et de la détermination face à l'oppression.



Une médaille d'argent chargée de symboles au Japon



Mardi dernier, lors de la course en ligne des Championnats d'Asie organisés au Japon, Fariba Hashimi a franchi la ligne d'arrivée en deuxième position, seulement devancée par la Chinoise Li Guo. Cette performance remarquable constitue son meilleur résultat depuis sa victoire au Tour Cycliste Féminin International de l'Ardèche il y a deux ans.



Mais au-delà des statistiques sportives, ce podium résonne comme un cri de liberté. "Cette médaille d'argent témoigne de la grande résilience des femmes afghanes", a déclaré la cycliste après la course, consciente que chacune de ses victoires porte la voix de millions de femmes réduites au silence dans son pays natal.



Sa sœur aînée Yulduz, âgée de 29 ans, participait également à l'épreuve japonaise, terminant à la 29e place. Les deux sœurs forment un duo indissociable, ayant ensemble représenté l'Afghanistan aux Jeux olympiques de Paris en 2024, et nourrissant désormais l'ambition de participer aux Jeux de Los Angeles en 2028.



Des conditions de préparation précaires mais une volonté inébranlable



Ce qui rend cette médaille encore plus impressionnante, ce sont les conditions dans lesquelles Fariba Hashimi l'a obtenue. Au Japon, elle a révélé être arrivée sans mécanicien ni véritable préparation optimale, contrainte de réparer et laver elle-même son vélo. Une réalité qui contraste fortement avec les moyens dont disposent les athlètes des grandes nations cyclistes.



Malgré ces obstacles logistiques, la jeune Afghane a su puiser dans ses ressources intérieures, forgées par des années de lutte pour simplement avoir le droit de pédaler. Cette capacité à surmonter l'adversité constitue sans doute son plus grand atout sportif.



Une évacuation rocambolesque de Kaboul en 2021



Le parcours de Fariba Hashimi vers la liberté a été semé d'embûches dramatiques. En octobre 2021, alors que les Talibans venaient de reprendre le pouvoir en Afghanistan, une opération d'exfiltration complexe a été mise en place pour la sauver, elle et sa sœur. Cette mission a mobilisé plusieurs personnalités de premier plan, dont Philippe Leuba, David Lappartient et le mécène Sylvan Adams.



L'évacuation elle-même a tenu du cauchemar. "On avait passé cinq heures pour avancer de 50 mètres en direction du terminal de l'aéroport... Les talibans ne voulaient pas me lâcher", se remémorait-elle en 2023. La jeune femme a finalement réussi à atteindre l'aéroport de Kaboul en passant par un toit, avant de pouvoir embarquer dans un avion qui allait changer sa vie.



Cette fuite désespérée marquait la fin d'une période où elle devait parfois se faire passer pour un garçon simplement pour avoir le droit de faire du vélo, où les entraînements se déroulaient dans la clandestinité, et où sa famille subissait des menaces constantes en raison de son engagement sportif.



Le passage salvateur par le Nord-Vaudois



Une fois en sécurité, Fariba Hashimi a trouvé refuge en Suisse, plus précisément dans le Nord-Vaudois. Elle a rejoint la structure de développement liée à Israel Premier Tech Roland, installée à Champagne (VD), où elle vivait près de Mauborget. Cette étape suisse a constitué un tournant décisif dans sa reconstruction personnelle et sportive.



C'est là, sur les routes vaudoises, qu'elle a découvert une liberté jusque-là inaccessible. "Mon rêve, c'était de sortir de ce monde qui s'était refermé. De partir d'Afghanistan grâce au sport et de pouvoir rouler à vélo avec ma sœur, sans risquer ma vie", confiait-elle en 2023. Elle a également bénéficié d'une formation au centre mondial du cyclisme d'Aigle, haut lieu du développement cycliste international.



À Champagne, la jeune Afghane apprenait progressivement le quotidien d'une coureuse professionnelle européenne, tout en se formant linguistiquement au français et à l'italien. Mais malgré cette nouvelle vie, elle n'oubliait pas sa famille restée en Afghanistan, envoyant régulièrement une partie de ses revenus à ses proches cachés dans la province de Faryab.



L'Italie, nouvelle étape vers le professionnalisme



Après son passage en Suisse, Fariba Hashimi a poursuivi son développement sportif en Italie, accueillie par Alessandra Cappellotto, ancienne championne du monde de cyclisme. Cette collaboration avec une figure majeure du cyclisme féminin italien lui a permis d'affiner sa technique et de progresser vers le haut niveau international.



L'Italie représente désormais sa base d'entraînement principale, d'où elle prépare ses grandes échéances internationales. Ce parcours européen, entre Suisse et Italie, illustre la solidarité du monde cycliste envers une athlète dont le combat dépasse largement le cadre sportif.



Quintuple championne d'Afghanistan dans des conditions impossibles



Avant son exil, Fariba Hashimi avait déjà démontré son talent exceptionnel en devenant quintuple championne d'Afghanistan. Mais ces titres avaient été obtenus dans des conditions que peu d'athlètes occidentaux peuvent imaginer : entraînements secrets, menaces permanentes contre sa famille, et tours répétés sur un circuit fermé de seulement deux kilomètres.



Dans l'Afghanistan sous contrôle taliban, le sport féminin était devenu strictement impossible. Les femmes n'avaient plus le droit de pratiquer d'activités physiques, encore moins de participer à des compétitions. Chaque sortie à vélo représentait un risque vital pour Fariba et sa famille.



Le vélo comme symbole de liberté



"C'est sur le vélo que je ressens le plus le sentiment d'être en liberté", déclarait Fariba Hashimi lors de son séjour en Suisse. Cette phrase résume l'essence même de son combat : le cyclisme n'est pas seulement un sport pour elle, c'est l'incarnation physique de la liberté qui lui a été si longtemps refusée.



Chaque coup de pédale représente une victoire contre l'obscurantisme, chaque course est un message d'espoir envoyé aux femmes afghanes qui, aujourd'hui encore, vivent sous l'oppression talibane. Sa présence sur les routes internationales rappelle au monde entier que des millions de femmes restent privées des droits les plus fondamentaux.



Un avenir tourné vers Los Angeles 2028



Après avoir participé aux Jeux olympiques de Paris en 2024, Fariba Hashimi a désormais un objectif clair : Los Angeles 2028. À 23 ans, elle dispose encore de quatre années pour progresser et viser un résultat olympique majeur qui couronnerait son parcours exceptionnel.



Cette médaille d'argent aux Championnats d'Asie démontre qu'elle possède le niveau pour rivaliser avec les meilleures cyclistes du continent. Avec un soutien logistique et technique approprié, ses ambitions olympiques sont loin d'être irréalistes.



Mais au-delà des médailles et des podiums, Fariba Hashimi continue d'avancer pour une cause qui la dépasse : représenter dignement les femmes afghanes, prouver que ni les interdictions ni les menaces ne peuvent éteindre la volonté humaine, et inspirer une génération de jeunes filles à ne jamais renoncer à leurs rêves, même dans les circonstances les plus difficiles.



Sa liberté reste fragile et exigeante, comme elle le reconnaît elle-même. Mais chaque course, chaque victoire, chaque apparition sur une ligne de départ constitue un acte de résistance pacifique contre tous ceux qui voudraient réduire les femmes au silence et à l'invisibilité.

info Source : 20 Minutes | Sports

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