L'affaire Granit Xhaka prend une nouvelle tournure avec la révélation de l'identité présumée de la médecin derrière les certificats de vaccination controversés. Une généraliste lucernoise, déjà connue pour ses pratiques médicales non conventionnelles durant la pandémie, se retrouve au cœur d'une enquête du Ministère public lucernois.
Cette affaire soulève des questions troublantes sur l'authenticité des certificats Covid présentés par le capitaine de l'équipe nationale suisse, alors que les autorités tentent de démêler le vrai du faux dans ce dossier complexe.
Une médecin déjà controversée pendant la pandémie
Selon les informations révélées par le Tages-Anzeiger, la docteure lucernoise impliquée dans l'affaire Xhaka n'en est pas à sa première controverse médicale. En 2021, en pleine crise sanitaire, cette praticienne avait défrayé la chronique en administrant de l'Opaganib à cinq patients atteints du Covid-19.
Cette substance, initialement développée pour le traitement du cancer, n'était pas autorisée contre le coronavirus. La médecin l'avait néanmoins utilisée dans le cadre d'un "usage compassionnel", un dispositif légal permettant, sous conditions strictes, d'administrer des médicaments non autorisés en dehors des essais cliniques traditionnels.
Des résultats présentés comme spectaculaires
À l'époque, la praticienne s'était montrée particulièrement enthousiaste quant aux résultats obtenus. Elle déclarait que "le résultat avec l'Opaganib comme thérapie complémentaire est spectaculaire", citant notamment l'amélioration rapide de l'état de santé de deux patientes âgées de 49 et 82 ans.
Cependant, la communauté médicale avait rapidement appelé à la prudence. Philipp Kaiser, infectiologue à l'Hôpital cantonal de Lucerne, faisait partie des experts qui rappelaient qu'un nombre limité de cas individuels ne pouvait en aucun cas démontrer l'efficacité réelle d'un traitement. Une étude contrôlée menée ultérieurement a d'ailleurs confirmé ces réserves, ne parvenant pas à valider l'efficacité espérée de l'Opaganib contre le Covid-19.
Les certificats de vaccination de Granit Xhaka sous la loupe
Cinq ans après cette première controverse, le nom de la médecin lucernoise ressurgit dans un contexte encore plus délicat. Selon les investigations du Tages-Anzeiger et de la SonntagsZeitung, elle aurait certifié deux vaccinations pour Granit Xhaka, datées respectivement du 25 janvier 2022 et du 11 novembre 2022.
C'est précisément la seconde date qui soulève le plus de questions et crée une zone d'ombre importante dans cette affaire. Le 11 novembre 2022, Xhaka évoluait à Arsenal en Angleterre. Le lendemain même de la date présumée de sa vaccination à Lucerne, il débutait un match de Premier League contre Wolverhampton, avant d'être remplacé après une quinzaine de minutes en raison de problèmes d'estomac.
Un calendrier qui interroge
Le timing des événements soulève des interrogations légitimes sur la possibilité matérielle pour le footballeur de se trouver à Lucerne à cette date. Trois jours après le match contre Wolverhampton, Xhaka rejoignait l'équipe nationale à l'aéroport de Zurich avant le départ pour la Coupe du monde au Qatar.
Il est important de noter qu'à cette période, aucun certificat de vaccination n'était requis pour participer aux compétitions de Premier League ou pour prendre part au Mondial au Qatar. Cette précision soulève la question de la motivation qui aurait poussé à établir de tels certificats si les faits reprochés s'avéraient exacts.
Les positions des parties impliquées
Face à ces accusations, Granit Xhaka conteste fermement les allégations portées contre lui. Son entourage affirme que les vaccinations ont effectivement eu lieu dans les conditions décrites par les certificats. La médecin lucernoise, de son côté, rejette également les soupçons qui pèsent sur elle.
L'Association suisse de football (ASF) adopte une position prudente dans cette affaire sensible. Adrian Arnold, responsable des médias de l'ASF, a déclaré : "Tant que nous n'avons pas d'informations fiables, nous ne pouvons pas nous prononcer." Cette réserve témoigne de la complexité du dossier et de la nécessité d'attendre les conclusions de l'enquête en cours.
Une enquête judiciaire en cours
Le Ministère public lucernois a ouvert une enquête pour faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles ces certificats ont été établis. Simon Kopp, porte-parole du Ministère public, a précisé à 20 Minutes l'objectif de cette investigation : "Il s'agit de déterminer s'il y a eu un comportement pénalement répréhensible dans le cadre d'une possible obtention frauduleuse d'une fausse certification ou d'une falsification de documents."
Les autorités judiciaires prennent soin de souligner qu'aucun lien direct n'est établi entre l'utilisation controversée de l'Opaganib par la médecin en 2021 et la procédure actuelle concernant les certificats de vaccination. Il s'agit de deux affaires distinctes, même si elles concernent la même praticienne.
Comme le rappellent les autorités, la présomption d'innocence s'applique pleinement à toutes les personnes concernées par cette enquête. Les investigations devront établir les faits avec certitude avant que toute conclusion ne puisse être tirée sur d'éventuelles responsabilités pénales.
Cette affaire met en lumière les défis posés par la vérification de l'authenticité des documents médicaux et les questions éthiques soulevées par certaines pratiques durant la période exceptionnelle de la pandémie de Covid-19.