23 pays européens dépendent du cloud américain pour leur sécurité

23 pays européens dépendent du cloud américain pour leur sécurité
```html

La dépendance numérique de l'Europe vis-à-vis des États-Unis suscite une inquiétude croissante parmi les experts en sécurité. Selon un rapport publié récemment par le Future of Technology Institute (FOTI), plus des trois quarts des pays européens s'appuient sur des services de cloud américains pour des fonctions essentielles à leur sécurité nationale. Cette situation expose le continent à des risques majeurs, notamment celui d'un potentiel mécanisme de coupure d'accès aux données, appelé "kill switch".



Cette analyse intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les tensions entre l'administration Trump et certains gouvernements européens. Les menaces proférées à l'encontre du Danemark et du Groenland, combinées à la guerre menée par la Russie en Ukraine, illustrent la complexité du paysage sécuritaire actuel et la vulnérabilité potentielle des infrastructures numériques européennes.



Une dépendance technologique massive des pays européens



L'étude menée par le FOTI révèle des chiffres alarmants concernant la souveraineté numérique européenne. Sur les 28 pays analysés (États-membres de l'Union européenne et Royaume-Uni), pas moins de 23 semblent dépendre de technologies américaines pour leurs systèmes de sécurité nationale. Cette dépendance concerne principalement les services fournis par les géants du cloud computing : Microsoft, Google, Amazon et Oracle.



Les chercheurs ont basé leur analyse sur des informations publiques accessibles via les sites internet des ministères de la Défense, les médias nationaux et les registres des marchés publics de l'UE et du Royaume-Uni. Cette méthodologie leur a permis d'identifier les principaux contrats conclus avec des fournisseurs américains et d'évaluer le niveau de risque pour chaque pays.



Seize pays en situation de risque élevé



Parmi les pays étudiés, seize présentent un risque élevé face à un potentiel "kill switch" américain. Cette liste inclut des puissances militaires majeures du continent européen, telles que l'Allemagne, la Pologne et la Grande-Bretagne. Ces trois nations, qui jouent un rôle crucial dans la défense européenne, se trouvent particulièrement exposées en cas de décision unilatérale américaine de couper l'accès à leurs services cloud.



À l'opposé du spectre, un seul pays a été classé comme présentant un risque atténué : l'Autriche. Cette situation particulière s'explique notamment par le statut de ce pays, qui n'est pas membre de l'OTAN et a probablement adopté une approche plus prudente en matière de dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis.



Le précédent ukrainien comme signal d'alarme



L'inquiétude des experts n'est pas théorique. En 2024, un incident concret a démontré la réalité de cette menace. Après un échange tendu entre les présidents Trump et Zelensky dans le bureau ovale, les États-Unis ont privé l'Ukraine de certains services essentiels, notamment les images satellites fournies par la société américaine Maxar.



Katja Bego, du groupe de réflexion britannique Chatham House, a qualifié cet épisode de "véritable signal d'alarme". Cette séquence illustre concrètement comment des décisions politiques peuvent impacter l'accès aux services numériques, même pour un pays allié engagé dans un conflit existentiel contre la Russie.



Les limites du cloud "souverain" proposé par les entreprises américaines



Face à ces préoccupations croissantes, plusieurs pays européens cherchent à se tourner vers des solutions nationales ou européennes pour garantir leur souveraineté numérique. En réponse, les entreprises américaines ont développé des offres de cloud dit "souverain", censées échapper à l'emprise de Washington.



Toutefois, le FOTI reste sceptique quant à l'efficacité de ces solutions. Selon le groupe de réflexion, "cet étiquetage ne résout pas les problèmes de dépendance sous-jacents". En effet, ces services pourraient tout de même être soumis à la législation américaine, notamment aux lois permettant d'exiger des entreprises qu'elles remettent des données stockées à l'étranger.



De plus, les chercheurs soulignent que ces entreprises pourraient être contraintes de suspendre les mises à jour de maintenance et de sécurité en raison de sanctions américaines, compromettant ainsi l'intégrité des systèmes qui en dépendent.



La réponse française : souveraineté et technologies stratégiques



Interrogée sur la chaîne TF1 au sujet du rapport du FOTI, la ministre française des Armées Catherine Vautrin a confirmé que la souveraineté constituait "un enjeu majeur" pour la France. Elle a rappelé que le pays était "absolument dans la course" et "totalement mobilisé" sur ces questions.



La ministre a établi un parallèle avec la politique de dissuasion nucléaire autonome dont la France est dotée depuis des décennies, illustrant ainsi la continuité de l'approche française en matière de souveraineté stratégique. Cette comparaison souligne l'importance que revêt l'indépendance technologique dans la doctrine de défense nationale.



Dans le cadre de l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) en cours, Catherine Vautrin a indiqué que des crédits sont prévus pour l'espace, "parce que qui dit espace dit information, communication". Cette dimension spatiale constitue un élément clé de la souveraineté numérique, permettant notamment l'accès autonome aux communications et à l'observation par satellite.



L'informatique quantique, nouveau front de la souveraineté technologique



Au-delà du cloud et de l'espace, la ministre des Armées a également évoqué un autre enjeu technologique majeur : l'informatique quantique. Lors de discussions à l'école Polytechnique, elle a souligné que "le premier pays qui sera en capacité de sortir un ordinateur quantique aura une capacité de maîtrise fondamentale".



Cette déclaration met en lumière la dimension stratégique de la course à l'informatique quantique, technologie qui pourrait révolutionner aussi bien le traitement des données que la cryptographie, avec des implications directes sur la sécurité nationale et la défense.



Le rapport du FOTI met ainsi en évidence un défi majeur pour l'Europe : réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis tout en développant des capacités autonomes dans les domaines stratégiques du numérique. Cette question de souveraineté numérique s'impose désormais comme un enjeu central de la sécurité européenne, au même titre que les capacités militaires conventionnelles.


```

info Source : 20 Minutes | Monde

open_in_new Lire l'article original
Partager :
-