Le Conseil des États a pris une décision retentissante mercredi en durcissant considérablement les exigences de fonds propres imposées à UBS. Cette initiative, baptisée "Lex UBS", intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la banque et les autorités suisses. Selon l'expert bancaire Peter V. Kunz, le PDG Sergio Ermotti pourrait avoir précipité cette décision par ses récentes déclarations publiques jugées "agressives et arrogantes".
La chambre haute du Parlement suisse a décidé que les participations dans des filiales étrangères devront désormais être couvertes à 90% par des fonds propres durs. Cette position se situe entre les 50% proposés par la commission préparatoire et les 100% souhaités par le Conseil fédéral. Le dossier doit maintenant passer devant le Conseil national, et rien n'est encore définitivement tranché.
Une décision politique influencée par l'attitude du PDG d'UBS
Peter V. Kunz, spécialiste reconnu du secteur bancaire, ne cache pas sa surprise face à la fermeté du Conseil des États. "Je pensais qu'il serait plus favorable à UBS", confie-t-il. Selon lui, cette position dure trouve en partie son origine dans les récentes interventions médiatiques de Sergio Ermotti.
"Avec ses interviews de ces derniers jours, il a probablement perdu une grande partie de son capital de sympathie au Conseil des États", explique l'expert. Le ton employé par le PDG d'UBS aurait irrité jusqu'aux élus bourgeois, traditionnellement plus enclins à soutenir les intérêts de la grande banque. Cette perte de crédit politique pourrait s'avérer coûteuse pour l'établissement financier.
Les conséquences financières pour UBS et ses actionnaires
Si cette réglementation entre en vigueur, UBS devra conserver davantage de liquidités au sein de la banque plutôt que de les distribuer à ses actionnaires. Contrairement au discours alarmiste de la banque, Peter V. Kunz estime que l'impact ne sera pas aussi dramatique qu'annoncé. "Je ne pense pas que le problème soit aussi important que la banque le présente", tempère-t-il.
Les principaux mécontents seront les actionnaires d'UBS, qui verront probablement des ajustements dans la politique de dividendes et les programmes de rachat d'actions. En contrepartie, la banque bénéficiera d'une sécurité financière accrue, ce qui représente un atout non négligeable dans le secteur de la gestion de fortune.
"C'est positif pour la place financière, pour les contribuables et, au bout du compte, également pour UBS", souligne l'expert. Dans la gestion de fortune notamment, la solidité financière constitue un argument commercial majeur : les clients fortunés préfèrent confier leur patrimoine à une institution dont la stabilité ne fait aucun doute.
Impact sur les clients et le marché suisse
La question de la répercussion des coûts supplémentaires sur les clients suisses demeure légitime. Peter V. Kunz reconnaît que cette crainte est justifiée, notamment à travers des frais bancaires plus élevés ou des conditions d'octroi de crédits plus strictes.
La position dominante d'UBS sur le marché helvétique limite les alternatives pour de nombreux particuliers et entreprises. "Parmi les grandes banques, elle occupe une position tellement dominante en Suisse que beaucoup de personnes n'ont guère d'alternative", observe l'expert.
Toutefois, il invite à relativiser les scénarios catastrophes : "On ne va pas soudainement arriver à une situation où plus aucune PME n'obtient de prêt ou dans laquelle un compte bancaire coûte des frais exorbitants. Il y a beaucoup de catastrophisme à ce sujet."
Les stratégies d'adaptation d'UBS
Pour absorber une partie des coûts liés à ces nouvelles exigences, UBS devra probablement procéder à des économies internes. L'intelligence artificielle pourrait jouer un rôle crucial dans cette optimisation. "Une partie des coûts sera absorbée grâce à l'IA. Il pourrait par exemple y avoir besoin de moins de conseillers à la clientèle", anticipe Peter V. Kunz.
Cette transformation numérique, déjà en cours dans le secteur bancaire, pourrait donc s'accélérer sous l'effet de ces contraintes réglementaires supplémentaires.
La question du désavantage concurrentiel
UBS et ses défenseurs mettent en avant un désavantage concurrentiel face aux banques étrangères, notamment américaines, qui ne sont pas soumises aux mêmes exigences. Peter V. Kunz reconnaît l'existence de cette disparité, mais la juge "objectivement justifiée".
La comparaison avec les grandes banques américaines lui semble inappropriée : "Une grande banque américaine représente un risque beaucoup moins important pour les États-Unis qu'UBS pour la Suisse." La taille relative d'UBS par rapport à l'économie suisse justifie donc des règles plus strictes.
Pour l'expert, les priorités doivent être claires : "Concernant les règles de fonds propres, nous ne devons pas regarder en premier lieu la compétitivité d'UBS. Le Parlement doit avant tout protéger la Suisse, et non UBS."
Les limites des fonds propres comme protection
Malgré le renforcement des exigences de fonds propres, Peter V. Kunz estime que la discussion est abordée par le mauvais bout. Si davantage de fonds propres rendent effectivement UBS plus sûre, ils ne constituent pas une garantie absolue contre une future crise.
"UBS peut également faire faillite même si elle dispose de beaucoup de fonds propres", avertit-il. L'histoire récente le démontre : UBS, aujourd'hui considérée comme la sauveuse de Credit Suisse, a elle-même dû être secourue par la Confédération en 2008.
L'expert se montre d'ailleurs convaincu qu'une nouvelle crise majeure touchera un jour UBS : "Je suis convaincu que cela arrivera. Je ne peux simplement pas dire quand."
L'urgence d'un mécanisme de démantèlement efficace
Pour Peter V. Kunz, la véritable protection des contribuables suisses passe par la création d'un système de démantèlement fonctionnel en cas de crise bancaire. "Le contribuable suisse ne sera véritablement protégé que lorsque nous disposerons d'un bon système pour démanteler une grande banque. Et, jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons pas de solution convaincante en Suisse", déplore-t-il.
L'expert utilise une métaphore maritime pour illustrer son propos : les fonds propres représentent les efforts du capitaine pour éviter l'iceberg, mais si le Titanic coule malgré tout, il faut des canots de sauvetage. Ces canots de sauvetage, dans le cas d'UBS, font actuellement défaut.
Un plan de démantèlement efficace devrait déterminer à l'avance quelles activités doivent impérativement être préservées. "Les comptes bancaires et le trafic des paiements doivent continuer à fonctionner. En revanche, la banque d'investissement pourrait être démantelée", suggère-t-il.
Les perspectives d'évolution de la réglementation
La règle des 90% adoptée par le Conseil des États n'est probablement pas définitive. Peter V. Kunz envisage un compromis final : "Je pourrais imaginer qu'au final, nous arrivions à une couverture comprise entre 60 et 75% de fonds propres durs. Le dernier mot n'a pas encore été dit."
Le débat au Conseil national promet d'être animé, et les négociations entre les deux chambres pourraient aboutir à un assouplissement de la position initiale du Conseil des États. Toutefois, le signal politique envoyé est clair : la Suisse entend renforcer la régulation de sa grande banque systémique.
Cette affaire soulève également des questions plus larges sur la gouvernance bancaire et la communication institutionnelle. Les déclarations de Sergio Ermotti, perçues comme une tentative d'influencer le processus législatif, semblent avoir produit l'effet inverse. Une leçon sur l'importance du dialogue constructif entre le secteur privé et les autorités publiques, particulièrement lorsque les enjeux concernent la stabilité financière d'un pays tout entier.