Cyclistes professionnelles dénoncent la campagne publicitaire avec Sydney Sweeney

Cyclistes professionnelles dénoncent la campagne publicitaire avec Sydney Sweeney

Une campagne publicitaire mettant en vedette l'actrice Sydney Sweeney a provoqué une vive controverse dans le monde du cyclisme féminin. La star hollywoodienne, photographiée nue avec quelques accessoires sportifs stratégiquement placés pour une marque de paris sportifs, a suscité l'indignation des athlètes qui y voient une hypersexualisation contraire aux progrès récents de leur discipline.



Alors que le cyclisme féminin connaît une croissance spectaculaire de sa visibilité ces dernières années, cette publicité est perçue comme un retour en arrière préoccupant. Les cyclistes professionnelles dénoncent unanimement une approche marketing qui privilégie l'apparence physique au détriment des performances sportives.



Une mobilisation générale des athlètes féminines



La polémique a pris de l'ampleur à quelques jours des Championnats du monde au Québec, moment crucial pour la discipline. Les réactions ne se sont pas fait attendre, avec des prises de position fortes de la part des figures emblématiques du cyclisme féminin international.



Demi Vollering dénonce un symptôme persistant



La double gagnante du Tour de France, Demi Vollering, a exprimé sa déception sur Instagram. La championne néerlandaise considère cette publicité comme révélatrice d'un problème structurel qui perdure malgré les avancées du sport féminin. "C'est peut-être bien que ça ouvre une discussion, mais c'est triste que les femmes doivent encore l'avoir", a-t-elle écrit, soulignant la lassitude face à des débats qui devraient appartenir au passé.



La coureuse de l'équipe FDJ-Suez a rappelé les décennies de lutte menées par les femmes pour être reconnues pour leurs capacités athlétiques plutôt que pour leur apparence. Selon elle, le sport devrait déplacer le regard collectif de la question "À quoi est-ce que je ressemble?" vers "De quoi suis-je capable?".



Le message de Sophie Capewell sur l'incompréhension



La championne olympique britannique sur piste Sophie Capewell a également réagi, déplorant que beaucoup de personnes passent à côté de l'essentiel. "Les gens passent presque à côté du sujet... Ils ne comprennent pas complètement pourquoi cela dérange", a-t-elle déclaré, pointant du doigt une méconnaissance profonde des enjeux liés à la représentation des femmes dans le sport.



Féminité et performance ne s'opposent pas



Demi Vollering a tenu à rappeler une évidence qui semble encore nécessiter d'être martelée : "Être forte ne vous rend pas moins féminine". Cette déclaration vise à déconstruire les stéréotypes persistants qui opposent artificiel­lement force physique et féminité.



La cycliste néerlandaise insiste sur la possibilité d'être une athlète accomplie, capable de terminer épuisée une ascension du Tour de France ou couverte de boue après Paris-Roubaix, tout en aimant porter une belle robe et en conservant pleinement son identité féminine. Ces différentes facettes ne sont pas contradictoires mais complémentaires.



La réponse percutante de Maddy Nutt



La spécialiste anglaise de gravel Maddy Nutt a choisi une approche différente pour exprimer son désaccord. Elle a publié une vidéo montrant ses courses et ses entraînements, accompagnée d'un message direct : "Chère Sydney Sweeney, voilà à quoi ressemble une athlète".



Nutt a exprimé sa stupéfaction face à cette campagne en 2025 : "Si cela s'était produit il y a vingt ans, je n'aurais pas été choquée. Je pensais qu'on avait largement dépassé la sexualisation des femmes dans le sport". Sa prise de position lui a valu une avalanche de commentaires agressifs de la part d'internautes masculins, illustrant la persistance des résistances face aux revendications des sportives.



Une distinction cruciale entre empowerment et exploitation



La cycliste britannique a néanmoins tenu à établir une nuance importante. Elle distingue la mise en valeur assumée d'un corps d'athlète, qui peut constituer une forme d'émancipation lorsqu'elle est contrôlée par les sportives elles-mêmes, d'une campagne publicitaire conçue avant tout pour séduire une cible commerciale spécifique : le consommateur masculin.



Cette distinction soulève la question du contrôle de l'image et de l'intention derrière la représentation du corps féminin. Lorsque les athlètes choisissent de célébrer leurs corps sculptés par l'entraînement, il s'agit d'une démarche d'affirmation personnelle. En revanche, lorsqu'une marque utilise la nudité d'une célébrité pour vendre un produit sans lien avec les performances sportives réelles, cela relève d'une logique purement mercantile et objectifiante.



Un contexte de progrès menacé



Cette controverse survient à un moment paradoxal pour le cyclisme féminin. La discipline a connu des avancées spectaculaires en termes de visibilité médiatique, de professionnalisation et de reconnaissance. Les courses féminines attirent désormais un public croissant, les salaires augmentent progressivement, et les performances des cyclistes sont de plus en plus mises en avant.



Cependant, cette publicité rappelle que les stéréotypes sexistes restent profondément ancrés dans l'industrie du marketing sportif. Les athlètes craignent que de telles campagnes ne sapent les efforts accomplis pour faire évoluer les mentalités et obtenir une reconnaissance basée sur le mérite sportif plutôt que sur l'apparence physique.



Les cyclistes professionnelles réclament unanimement que leur sport soit valorisé pour ce qu'il est réellement : une discipline exigeante nécessitant des années d'entraînement intensif, une force mentale exceptionnelle et des capacités physiques hors du commun. Elles refusent que leur image soit réduite à un simple outil marketing exploitant des codes de séduction traditionnels qui n'ont rien à voir avec leurs accomplissements athlétiques.

info Source : 20 Minutes | Sports

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