La justice française vient de prendre une décision majeure concernant François Asselineau, ancien candidat à l'élection présidentielle. Après avoir bénéficié d'un non-lieu fin 2024, le président de l'Union populaire républicaine (UPR) sera finalement jugé devant le tribunal correctionnel de Paris. La chambre de l'instruction de la cour d'appel a en effet infirmé la décision initiale des juges d'instruction, donnant raison au parquet qui avait fait appel.
Cette affaire, qui remonte à 2020, concerne des accusations portées par deux anciens collaborateurs de l'homme politique. François Asselineau, âgé de 68 ans, devra répondre de harcèlement sexuel, d'agression sexuelle et de tentative d'agression sexuelle sur des personnes placées sous son autorité hiérarchique au sein de son parti politique.
Le parcours judiciaire d'une affaire complexe
Des plaintes déposées en 2020
L'affaire débute en mai 2020, lorsqu'un premier collaborateur de l'UPR dépose plainte à Paris. Selon le parquet, cet employé affirmait avoir été harcelé dès son embauche en 2019 et s'être vu imposer des baisers contre son gré. Un mois plus tard, le 25 juin 2020, un second collaborateur porte plainte pour des faits similaires qui se seraient produits en 2018. Parallèlement, un ancien cadre du parti souverainiste effectue un signalement auprès du procureur de la République.
Ces plaintes déclenchent l'ouverture d'une enquête préliminaire qui aboutira à la mise en examen de François Asselineau en 2021. L'homme politique est alors confronté à des accusations graves portées par des personnes qui travaillaient directement sous ses ordres au sein de l'UPR.
La garde à vue et les confrontations de février 2021
En février 2021, François Asselineau est placé en garde à vue dans le cadre de cette enquête. Durant cette période, il est confronté aux deux plaignants qui maintiennent fermement leur version des faits. Selon les informations rapportées par Libération, l'ancien candidat à la présidentielle nie toute agression sexuelle, mais reconnaît avoir été "insistant" auprès des deux hommes, évoquant un prétendu "amour réciproque".
Plus troublant encore, François Asselineau admet être l'auteur de lettres qu'il avait pré-rédigées pour ses victimes présumées. Dans ces courriers, les plaignants étaient censés revenir sur leurs accusations. Cette révélation soulève des questions sur d'éventuelles tentatives d'intimidation ou de manipulation des témoignages.
À l'issue de sa garde à vue, le président de l'UPR est mis en examen pour plusieurs chefs d'accusation :
- Harcèlement moral
- Harcèlement sexuel
- Agressions sexuelles par personne ayant autorité
- Intimidation d'une victime
Il est également placé sous contrôle judiciaire, mesure qui encadre ses déplacements et ses activités pendant la durée de l'instruction.
Le non-lieu de décembre 2024 et l'appel du parquet
En décembre 2024, un rebondissement survient : les juges d'instruction rendent une ordonnance de non-lieu en faveur de François Asselineau. Cette décision aurait pu mettre un terme définitif aux poursuites judiciaires contre l'homme politique. Cependant, le parquet de Paris, estimant que les charges étaient suffisantes pour justifier un procès, décide de faire appel de cette ordonnance.
Par un arrêt rendu le 7 avril 2025, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris donne raison au parquet. Elle infirme l'ordonnance de non-lieu et ordonne le renvoi de François Asselineau devant le tribunal correctionnel. Les dates du procès n'ont pas encore été fixées, mais cette décision marque une étape importante dans cette affaire qui dure depuis près de cinq ans.
Les accusations portées contre l'homme politique
Selon la source judiciaire, François Asselineau devra répondre devant le tribunal correctionnel de Paris de trois chefs d'accusation précis. Il est poursuivi pour harcèlement sexuel et agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction sur un premier collaborateur. Concernant le second plaignant, il est poursuivi pour tentative d'agression sexuelle par personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction.
Ces qualifications pénales sont particulièrement graves car elles soulignent l'abus de position dominante. En tant que président de l'UPR et employeur, François Asselineau disposait d'une autorité hiérarchique sur les plaignants, ce qui constitue une circonstance aggravante dans le droit pénal français.
La défense de François Asselineau et ses contre-arguments
Depuis le début de l'affaire, François Asselineau conteste fermement les accusations portées contre lui. Il qualifie ces allégations de "calomnies" et dénonce ce qu'il considère comme une manipulation orchestrée contre lui. Son entourage a développé une théorie selon laquelle cette affaire judiciaire serait liée à des tensions internes au sein de l'UPR.
Selon les proches de l'homme politique, la procédure judiciaire aurait été initiée par deux anciens employés du mouvement dans un contexte particulier : une tentative de prise de contrôle de l'UPR par une poignée d'adhérents mécontents. Cette version des faits suggère que les plaintes auraient été déposées dans un but politique plutôt que pour dénoncer de véritables agressions.
Les tensions internes au sein de l'UPR
Au printemps 2020, période qui coïncide avec le dépôt des plaintes, l'UPR traverse effectivement une crise interne majeure. Plusieurs cadres du mouvement réclament publiquement la démission de François Asselineau. Ils évoquent alors "l'existence de relations particulières et plus qu'insistantes de sa part" avec des salariés de l'UPR, comportements qui auraient été "source de graves souffrances psychologiques" pour les personnes concernées.
Face au refus de François Asselineau de démissionner, ces cadres dissidents demandent qu'il se mette au moins "en retrait" pendant la durée des procédures judiciaires. Cette demande n'est pas suivie d'effet, l'homme politique choisissant de maintenir ses fonctions à la tête du parti qu'il a fondé.
Cette crise interne révèle l'existence de problèmes structurels au sein de l'UPR et soulève des questions sur le fonctionnement du parti et les relations entre sa direction et ses collaborateurs.
Le parcours politique de François Asselineau
François Asselineau est une figure atypique du paysage politique français. Fondateur et président de l'Union populaire républicaine, il défend un programme centré sur trois sorties majeures : la sortie de la France de l'Union européenne, de l'euro et de l'OTAN. Ces positions souverainistes radicales constituent le cœur de son projet politique.
En 2017, il parvient à se présenter à l'élection présidentielle et obtient 0,92% des voix, un score modeste mais qui lui permet de faire entendre ses idées sur la scène nationale. Cependant, en 2022, il ne réussit pas à recueillir les 500 parrainages d'élus nécessaires pour se présenter à l'élection suprême, ce qui l'écarte de la compétition présidentielle.
Malgré ces difficultés et les accusations judiciaires qui pèsent sur lui, François Asselineau a lancé fin mars 2025 sa campagne pour l'élection présidentielle de 2027. Cette candidature intervient alors même que la justice vient d'ordonner son renvoi devant le tribunal correctionnel, créant une situation particulièrement délicate pour l'homme politique.
Les implications de cette décision judiciaire
Le renvoi de François Asselineau devant le tribunal correctionnel marque une étape décisive dans cette affaire. Contrairement au non-lieu qui aurait clos définitivement le dossier, cette décision signifie que la justice estime qu'il existe des charges suffisantes pour justifier un procès public.
Les conséquences de cette décision sont multiples. Sur le plan judiciaire, François Asselineau devra se défendre devant un tribunal et risque, en cas de condamnation, des peines de prison et d'amende, ainsi que d'éventuelles peines complémentaires. Sur le plan politique, cette affaire complique considérablement ses ambitions présidentielles pour 2027.
Le procès, dont les dates restent à fixer, permettra d'entendre publiquement les témoignages des plaignants, les arguments de la défense et l'ensemble des éléments du dossier. Ce sera l'occasion pour la justice de trancher définitivement sur la réalité des faits reprochés à l'ancien candidat à la présidentielle.
Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de libération de la parole sur les violences sexuelles et sexistes, y compris dans le monde politique. Elle soulève également des questions sur les relations de pouvoir au sein des partis politiques et la protection des collaborateurs face à d'éventuels abus d'autorité.